• ambrePour les hommes de l’Antiquité l’ambre de la Baltique, venant d’une contrée peu connue, était généralement considérée comme des larmes pétrifiée. Pour les Celtes il devait s’agir des larmes de leur dieu solaire, pour les Grecs il s’agissait des larmes des Héliades, filles du soleil, transformées en peupliers et pleurant sans fin la mort de leur frère Phaéton foudroyé pour avoir volé le char de son père.

    « Les Héliades pleurent tout autant et offrent à la mortle vain présent de leurs larmes ; nuit et jour, de leurs mains, elles se frappent la poitrine et appellent Phaéton qui n'entendra pas leurs pauvres plaintes ; elles restent étendues près de son tombeau. Quatre fois, la lune avait réuni ses cornes et empli son disque ; les sœurs, selon leur coutume, - coutume qu'avait fait naître l'usage -,avaient poussé leurs gémissements. Parmi elles, Phaétuse, l'aînée, voulant se coucher sur la terre, se plaignit qu'elle sentait ses pieds devenir rigides ; essayant de s'approcher d'elle,la blanche Lampétie fut brusquement retenue par une racine ; une troisième s'apprêtait à s'arracher les cheveux, mais ses mains ne ramenèrent que des feuilles ; celle-ci pleure ses jambesmuées en tronc, et celle-là ses bras transformés en longs rameaux.Heliades
    Tandis qu'elles s'étonnent, l'écorce enveloppe le haut de leurs jambes, gagnant peu à peu ventres, poitrines, épaules et mains, ne leur laissant que la bouche pour appeler leur mère.
    Que pourrait une mère, si ce n'est se laisser aller à ses élans et joindre ses baisers aux leurs, tant que c'est encore possible ?Ce n'est pas assez ; elle tente de détacher leurs corps des troncs, et brise de ses mains les tendres rameaux ; mais alors des gouttes de sang suintent, comme d'une blessure. « Mère, je t'en supplie, épargne-moi, » crie chaque fille blessée,
    « Je t'en prie, épargne-moi. Blessant l'arbre, tu déchires notre corps. Et maintenant, adieu ! ». L'écorce atteint leurs derniers mots. Depuis coulent leurs larmes durcies au soleil, gouttes d'ambre, qui s'écoulent des jeunes rameaux ; le fleuve limpide les recueille et les envoie pour servir de parure aux brus des Latins. »

    Ovide, Les Métamorphoses, Livre II, 340.


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  • 2755231869_01031ff610Bien avant que la science n’explique la formation des fossiles, certains vestiges d’organismes pétrifiés avaient attiré l’attention des hommes antiques. Attribué à des monstres imaginaires, à des espèces mal connues, à des êtres divins, à des héros de la mythologie, ces fossiles apparurent comme des objets hors norme à qui on attribua diverses vertus curatives. C’est ce phénomène que nous évoquons ici par quelques exemples : des « on dit », « on raconte », des légendes dont on ne sait plus trop bien l’origine… Des pratiques d’un autre âge, à cheval entre les recettes de grand-mère, les superstitions et la sorcellerie.


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  • crapaudinesLes dents fossilisées de dorades furent longtemps appelées « crapaudines ». On croyait en effet qu’il s’agissait de petites pierres qui se formaient sur la peau des vieux crapauds et que ce dernier pouvait les expulser si on le mettait sur un tissu rouge. Si l’on s’accordait à dire que les plus grosses étaient bien des crapaudines, certains précisaient que les plus petites étaient des yeux de serpent. Les crapaudines sont utilisées comme amulettes, portées au cou ou au doigt. On racontait aussi que pour vérifier l’authenticité de la crapaudine il suffisait de la présenter à un crapaud qui devait être excité par sa présence. Enfin, chose  pratique pour ceux dont la vie est menacée, la crapaudine doit changer de couleur et transpirer à proximité d’un verre de poison…


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  • Griffe du diable

    « Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. »

    Apocalypse de Saint Jean XII : 9

     

    Les Gryphées sont des bivalves fossiles du Jurassique et du Crétacé, assez proches des huitres. Les hommes qui les découvrir, parfois loin des côtes, ne firent pas forcément le lien avec un coquillage et la forme particulièrement crochue de ce fossile le fit passer pour une énorme griffe. Nul doute alors qu’il s’agissait d’ongle d’une bête horrible, d’ailleurs les stries de croissance visibles à la surface rappellent bien celle des ongles. En Europe, notamment en France et en Angleterre, on commença donc à raconter, à demi-mot, qu’il s’agissait des griffes du Diable, ou d’ongles de pieds du Diable, et que le Malin les avait perdus tandis qu’il pourchassait les âmes perdues. L’objet diabolique devint alors recherché pour ses vertus curatives, car nul doute que le Mal serait toujours plus attiré par la griffe de son maitre que par son possesseur : on l’utilisa ainsi pour soigner différents maux comme l’arthrite et d’autres maladies osseuses.


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  • Pierres de FoudreDans des temps forts anciens, les peuples scandinaves pensaient que ces étranges pierres ogivales d’une couleur miel translucide étaient des « Pierres de Foudre ». On racontait alors qu’elles tombaient du ciel avec la foudre, peut-être même étaient-ce les éclairs qui se pétrifiaient ainsi en pénétrant les entrailles de la Terre. Or l’orage était considéré comme l’œuvre du dieu Thor, personnage central des mythologies germano-scandinaves… Par conséquent, on attribua à ces pierres divers pouvoirs ésotériques, dont celui de faciliter les accouchements, de soigner diverses maladies, d’apaiser les rhumatismes et les yeux endoloris des hommes et des bêtes, de traiter les vers chez les chevaux, de protéger les maisons de la foudre… Des croyances d’un autre âge qui persistèrent sous des formes variées au moins jusqu’au XVIIIe siècle dans certaines régions anglo-saxonnes.

    D’autres interprétations du folklore scandinave n’hésitèrent pas à en faire des Kraken Vikingchandelles originales utilisées par de petits êtres non moins originaux comme les elfes, les gnomes ou les lutins…

    Ce que ces Anciens ignoraient c’est que ces pierres ne venaient pas du feu, des éclairs, mais de l’eau, de la mer. En effet, ces « Pierres de Foudre » sont en réalité des rostres fossilisés d’un céphalopode ayant disparu il y a quelques 65 millions d’années, bien avant l’apparition des hommes et donc bien avant la création de Midgard pour les premiers Scandinaves : les Bélemnites. Ces êtres tentaculaires auraient pu faire penser aux krakens, mais par leur petite taille ils ne pourraient guère être comparés qu’aux seiches qui nageaient encore dans les océans quand la proue des drakkars éventrait les vagues dans des tourbillons d’écume.


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