• La découverte de quelques fossiles emprisonnés dans le calcaire depuis une vingtaine de millions d’années peut-elle nous permettre de reconstituer, même partiellement, un petit coin de l’Oligocène ? C’est ce que nous allons tenter en observant quelques fossiles sortis lors d’un sondage réalisé sous l’égide d’Eldonia.

    Nous nous arrêtons en premier lieu sur quelques invertébrés. Pour commencer, nous avons trouvé des spécimens non déterminés qui ne nous sont pas d’un grand secours si ce n’est qu’il nous indique déjà un environnement humide, lacustre, ce qui n’est déjà pas rien :

     

    Puis une planorbe :

     
     
     

    La planorbe est un mollusque mangeur d’algues que l’on retrouve essentiellement en milieu aquatique, en eau douce. Ce dernier sort néanmoins régulièrement pour respirer puisqu’il possède des poumons. Ce fossile à première vue négligeable nous conforte dans l’idée d’un environnement aquatique de type mare, petit lac…

    Viennent ensuite deux Limnées :

     
     
     

    La limnée est également un gastéropode aquatique se nourrissant d’algues et de bactéries, parfois de plantes, qu’elle trouve dans les eaux douces. Exactement comme la planorbe ses poumons l’obligent à remonter régulièrement à la surface pour respirer. Pour ce faire, elle monte le long des joncs. L’association des limnées et des planorbes semble donc confirmer la présence ici d’un environnement aquatique non salé et peu profond où l’on devait trouver des joncs. Cette hypothèse est rapidement étayée par la découverte d’empreintes de joncs laissées dans le calcaire :

     

     

    Chaque tache sphérique avec un point en son centre marque l’emplacement d’un jonc, et donc de la proximité des berges. Mais une surprise accompagne ces joncs : de petites coquilles qui semblent être des morceaux d’œufs d’oiseaux. Ce qui est rapidement confirmé par une coquille de plus grande taille :

     
     

    Nous avons bien là affaire à un œuf, très certainement d’oiseau, dont les coquilles ont été conservées sur les berges d’un lac ou d’une mare. Cette indication laisse penser à la présence d’oiseaux lacustres. Un nouveau fossile va permettre de confirmer cette idée : 

     
     

    Il s’agit ni plus ni moins que d’un petit os d’oiseau qui vient certifier la présence de ces derniers sur les berges, près des nids. Toutefois, le caractère très fragmentaire de cet os ne nous permettait pas d’en dire plus sur ces oiseaux d’eau. Heureusement, un dernier fossile pour le moins inattendu est venu couronner cette étude du biotope de l’Oligocène :

     

     

    Cet étrange fossile provient lui aussi d’un oiseau, il s’agit en fait d’un bec ! Contrairement au petit bout d’os fragmentaire, le bec est plus caractéristique et permet de s’avancer sur une identification. En l'occurrence, il s’agirait d’un bec de flamant, un oiseau d’eau comme nous nous y attendions. Bien qu’on ne puisse pas lui attribuer à coup sûr les œufs trouvés aux environs, on note que le flamant pond des œufs dans des nids de vase et de détritus végétaux. Il s’installe donc et couve sur les berges ce qui explique la présence des coquilles dans cet environnement. Le flamant trouvait également ici de quoi se nourrir. En effet le bec de ce dernier est muni de lamelles qui lui permettaient de filtrer l’eau et la vase. Il se nourrit des vers, des poissons, des insectes (sous leurs différentes formes incluant les œufs, les larves…) et aussi de mollusques ! On retombe donc là sur les premiers fossiles que nous avions observés, les planorbes et limnées, qui pouvaient être mangés par ce grand échassier. 

     
    biotope
     

    Pour compléter le tableau, il faut ajouter ce que l’on sait du climat de cette époque dans la région, un climat sec et encore relativement chaud, pouvant rappeler le climat de la savane africaine d’aujourd’hui.


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    Les Cainothéridés semblent apparaître au Ludien (environ -35 Ma) en Europe du Nord sous un climat tropical. Durant l’Oligocène le climat se refroidit un temps, entraînant la disparition de certaines espèces, avant de se réchauffer progressivement.  Le changement de climat fut loin d’être fatal à ce petit ruminant qui proliféra dans toute l’Europe et en particulier dans les plaines arides de Limagne (63). On trouvait là un paysage de savane et de lacs peu profonds au milieu des crocodiles, des rhinocéros, de divers rongeurs, d’oiseaux lacustres et de quelques prédateurs carnivores. Sa taille était approximativement celle d’un lapin, de même que l’allure générale. Sa dentition était proche de celle du cerf. Son ossature lui permettait la supination, c'est-à-dire qu’il pouvait à sa guise poser sa patte avant côté paume ou sur le revers. Ses pattes n’étaient pas munies de sabots comme beaucoup de ruminants mais de quatre doigts griffus. L’allure générale et les pattes peuvent faire penser à un écureuil capable de s’asseoir, de saisir sa nourriture et de faire sa toilette. L’analyse du crâne a permit d’établir qu’il avait une très bonne ouïe et donc très certainement des oreilles très développées. Le mystère demeure néanmoins quant à sa capacité à creuser des terriers ou à grimper aux arbres. Il y a 15 à 20 Ma, durant le Miocène, les Cainotherium disparaissent sans descendance connue.

     

    Oligocène

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    On trouve en France quelques coquilles d’œufs d’un oiseau géant ayant vécu durant la fin du Paléocène et le début de l’Eocène (soit environ sur une période remontant à 60 à 50 millions d’années). Ces coquilles, que l’on nomma Ornithoolithus, sont aujourd’hui généralement rattachées au seul oiseau trouvé en France vivant à cette époque dont la taille pourrait correspondre à ce type d’œufs : le Gastornis, anciennement appelé Diatryma. Présent sur les continents européen et nord-américain, cet oiseau imposant mesurait environ 1,75m en moyenne (2m pour les plus grands spécimens) et pesait une centaine de kilogrammes. Il possédait des ailes courtes, mais des pattes massives et un bec capable de briser autant des os que de grosses graines, voir d’arracher des écorces. Incapable de voler il s’agissait d’un oiseau coureur. Le Diatryma_by_mmfrankfordPaléocène étant l’ère suivant la disparation des dinosaures (non aviens), le Gastornis fut souvent vu comme le remplaçant des grands prédateurs du Crétacé. D'ailleurs, ses petites ailes et ses pattes antérieures massives n’étaient pas sans rappeler la morphologie des théropodes et son bec massif semblait taillé pour tuer mammifères et autres animaux.

    Aujourd’hui encore le débat est ouvert entre les partisans d’un Gastornis carnivore et les partisans d’un Gatornis plus omnivore. Les premiers soutiennent que son bec lui permettait d’attraper et de tuer des mammifères comme le Propaléothrium (ancêtre commun à tous les équidés) ou le Leptictidium (petit placentaire sauteur). Pour les autres, le Gastornis se contentait de grosses graines, d’écorces, voir des nichés d’autres animaux.

    Sur ses propres œufs, nous ne savons que peu de choses, seuls quelques fragments tels que ceux-ci ont été trouvés et lui sont hypothétiquement attribués. Jusqu’à présent, aucun œuf complet avec embryon n’est venu confirmer l’hypothèse. Peut-être que le Gastornis ne pondait qu’un œuf, comme l’Autruche ou le Nandous de nos jours.

    La disparition de cette espèce est peut-être due à la concurrence ou à la chasse de mammifères carnivores de la fin de l’Eocène comme les Hyaenodons et autres créodontes.


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  • Belgique, Charleroi, terril des Hiercheuses, relief artificiel témoignant des anciennes activités minières de la région. Mais au milieu de ces déchets d’exploitation, quelques fossiles peuvent permettre d’imaginer le paysage local au Carbonifère :

     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

    Ces quelques fossiles des terrils nous ont permis de repérer des Lepidodendron, ces derniers atteignant jusqu’à une trentaine de mètres font penser à des arbres, mais ils font partie de la famille des fougères arborescentes. Parmi les plantes qu’ils avoisinent, de taille à peu près similaire, nous avons trouvé des traces de Sigillaria, qui se terminaient par un bouquet de longues feuilles. Sous ces grands arbres qui n’en sont pas prospérait toute une flore de fougères arborescentes, moins hautes, dont nous retrouvons déjà plusieurs espèces à travers ces quelques échantillons. Enfin, nous notons la présence de Calamites et de leurs annularia qui trahissent la présence de ces prêles géantes sur les berges de zones humides. Des plantes herbacées comme les jolies Sphenophyllum venaient compléter le décor. Grâce à ces quelques fossiles très fragmentaires, nous avons pu partiellement reconstituer une partie du paysage de la région au Carbonifère. Le type de plantes rencontrées confirme également un climat tropical, chaud et humide.

     

    Paysage reconstitué.

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  • Pierres de FoudreDans des temps forts anciens, les peuples scandinaves pensaient que ces étranges pierres ogivales d’une couleur miel translucide étaient des « Pierres de Foudre ». On racontait alors qu’elles tombaient du ciel avec la foudre, peut-être même étaient-ce les éclairs qui se pétrifiaient ainsi en pénétrant les entrailles de la Terre. Or l’orage était considéré comme l’œuvre du dieu Thor, personnage central des mythologies germano-scandinaves… Par conséquent, on attribua à ces pierres divers pouvoirs ésotériques, dont celui de faciliter les accouchements, de soigner diverses maladies, d’apaiser les rhumatismes et les yeux endoloris des hommes et des bêtes, de traiter les vers chez les chevaux, de protéger les maisons de la foudre… Des croyances d’un autre âge qui persistèrent sous des formes variées au moins jusqu’au XVIIIe siècle dans certaines régions anglo-saxonnes.

    D’autres interprétations du folklore scandinave n’hésitèrent pas à en faire des Kraken Vikingchandelles originales utilisées par de petits êtres non moins originaux comme les elfes, les gnomes ou les lutins…

    Ce que ces Anciens ignoraient c’est que ces pierres ne venaient pas du feu, des éclairs, mais de l’eau, de la mer. En effet, ces « Pierres de Foudre » sont en réalité des rostres fossilisés d’un céphalopode ayant disparu il y a quelques 65 millions d’années, bien avant l’apparition des hommes et donc bien avant la création de Midgard pour les premiers Scandinaves : les Bélemnites. Ces êtres tentaculaires auraient pu faire penser aux krakens, mais par leur petite taille ils ne pourraient guère être comparés qu’aux seiches qui nageaient encore dans les océans quand la proue des drakkars éventrait les vagues dans des tourbillons d’écume.


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